Être sensible ne veut pas dire être faible. Bien au contraire. C’est avoir les sens aiguisés et prêts à bondir. Voilà ce qui caractérise Skia, ce qui fait d’elle une artiste humaine et totalement à part. Son rap est frontal, ne passe pas par quatre chemins, raconte une vie faite de revanches et de détermination sans faille. Avec son premier EP, justement intitulé « Sensible », elle dévoile une musique où la modernité des thèmes et des productions côtoient la technique des anciens et leur rage de vaincre. « C’est avec la new school que j’ai découvert le rap, mais c’est avec la old-school que j’ai parfait mon savoir-faire », assène-t-elle. Il est vrai que l’on marche plus droit lorsqu’on sait d’où on vient. A 25 ans, Skia sait désormais ce qu’elle veut : parler sans détour de ce qui l’habite, de son passé, « sans faire de courbettes ». Elle peut aborder la question de l’avortement sur son titre Verre d’eau sans passer par la case métaphore ou non-dits, montrer la lâcheté de certains hommes grâce à la production syncopée de Maladresse, ou dépeindre un monde
qui semble s’écrouler, le nôtre, sur Je sais. Habillée par les beatmakers Mounir et Blaise Keyz (Chilly, Bosh, YL, Kalash, La Fouine…) et les pianos de Guillaume Ferran, sa voix peut se faire nonchalante, agressive ou mélodieuse. Sans jamais perdre de vue ses objectifs. Elle l’affirme : « Je n’aime pas être rangée dans la catégorie ‘rap de filles’. Je suis pour qu’il y ait plus de femmes dans le rap, comme dans n’importe quel secteur, d’ailleurs. Mais je ne comprends pas pourquoi on nous séparerait des hommes. On vit le rap tous ensemble. » Sur ses freestyles, elle prouve qu’elle n’a rien à envier à qui que ce soit, que sa sensibilité revendiquée peut la transformer en machine ou en passeuse d’émotions. Pour Skia, le temps de l’innocence et des complexes est bel et bien terminé. Voici celui de l’acceptation, de l’affirmation et des combats. Et il ne fait que commencer.

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